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Denis
GOKANA :
Construire
une vraie compétence pétrolière au Congo
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Nommé
à la tête de la Société Nationale des Pétroles
du Congo (SNPC) par décret pris en conseil des ministres le
14 janvier 2005, Denis GOKANA devient ainsi le deuxième Président
Directeur Général de cet établissement public.
Pour ce spécialiste des métiers du pétrole, la
tâche pour faire de cette société un véritable
pôle industriel moderne dans l’exploitation et la production
pétrolière est lourde.
La mission
de GOKANA est de taille : recentrer les activités de la SNPC
sur les métiers du pétrole en intervenant pour le compte
de l’Etat de la République du Congo dans toutes les opérations
liées à la production, au traitement, à la transformation,
à la mise en valeur et au transport des hydrocarbures liquides
et gazeux, à la commercialisation des produits extraits des
gisements et des installations industrielles, et à toutes autres
activités de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures
et des substances dérivées ou connexes. Dans cet entretien,
Denis GOKANA mesure la responsabilité qui lui incombe de construire
une véritable compétence pétrolière au
Congo.
AVANT-GARDE : D’aucuns parlent d’opacité au sujet
de la SNPC. Qu’en pensez-vous ?
Denis
GOKANA : Je pense que la SNPC a aujourd’hui brisé
le tabou de la prétendue ‘’opacité’’.
En sus des contrôles prévus pour tous les établissements
publics congolais, la SNPC a ajouté à ses outils de
travail, l’audit et le contrôle de gestion. Nous envisageons
également de mettre en place un département chargé
du Contrôle des coûts. Les griefs retenus contre la SNPC
ne sont pas vraiment fondés. D’autant plus que tous les
mouvements financiers et toutes les procédures sont régulés
par une convention signée avec l’Etat et approuvée
par le Fonds Monétaire International (FMI). La SNPC est d’ailleurs
l’une des rares compagnies pétrolières nationales
au monde à avoir adopté un tel texte.
Quelles sont les mesures que vous avez prises pour une plus
grande transparence dans la gestion de cette compagnie ?
Avant de vous
répondre, je voudrais vous rappeler que la SNPC appartient
à l’Etat congolais. Dans le cadre de la bonne gouvernance,
le gouvernement de la République du Congo, sous l’impulsion
du Chef de l’Etat, Monsieur le Président Denis SASSOU
NGUESSO, n’arrête pas de renforcer ses opérations
de transparence pétrolière. Il en a même fait
la plateforme de son programme de réformes dans ses négociations
avec les Institutions de Bretton Woods.
De plus, la SNPC
n’avait même pas atteint sa troisième année
d’existence, que le gouvernement a ordonné que plusieurs
actions soient menées dans le domaine pétrolier pour
assurer la totale transparence des informations sur la gestion du
pétrole. C’est dans cette dynamique de transparence que
le s parlementaires et les populations ont été associés
à la gestion du pétrole, à travers des séminaires
et des journées portes ouvertes tant à l’hémicycle
que devant le conseil régional du département du Kouilou
où l’on extrait l’or noir congolais.
Notez qu’avec
l’appui du FMI et de la Banque Mondiale, des mesures importantes
ont été mises en place. Parmi celles-ci, la certification
trimestrielle des recettes pétrolières de l’Etat
par un cabinet d’audit indépendant de réputation
mondiale (KPMG). Nous ne le soulignerons jamais assez que ce cabinet
a été retenu à la suite d’un appel d’offres
sponsorisé et financé par la Banque Mondiale. Il y a
également la soumission systématique des comptes financiers
de la SNPC à l’audit conduit annuellement par un cabinet
dont la compétence est internationale attestée, et qui
est sélectionné selon les procédures compétitives
de la Banque Mondiale. Les conclusions de ces audits sont publiées
sur Internet.
Sachez aussi que
pour renforcer la transparence de la gestion pétrolière
qu’assure la SNPC, nous publions de façon permanente
sur les sites Internet du Congo (www.congo-site.com) et du Ministère
des Finances (www.mefb-cg.org), toutes les informations pétrolières
pertinentes, à savoir : la production des champs, les recettes
de l’Etat, la participations de l’Etat dans les divers
champs pétroliers, les rapports d’audits KPMG des comptes
de la SNPC, tous les contrats de partage de production, etc.
Dans la panoplie
des mesures liées à la transparence à la SNPC,
nous avons adopté et mis en œuvre, avec l’aide la
Banque Mondiale, un plan d’actions issu des rapports d’audit
de la SNPC concernant les années 1999, 2000 et 2001.
Vous voyez, les
mesures pour la bonne gouvernance et la transparence existent bien
et sont multiples. Il est important aussi de souligner que la République
du Congo a adhéré à l’Initiative de Transparence
pour les Industries Extractives (EITI). Dans ce cadre, la transparence
pétrolière sera désormais menée, en étroite
collaboration, avec la société civile et la Banque Mondiale.
Le Groupe SNPC s’était, sous votre prédécesseur,
engagé dans une diversification de ses activités - aviation,
services, immobilier, bois, etc. aujourd’hui, sous votre présidence,
peut-on parler d’une continuité ou d’une nouvelle
orientation ?
Nous allons consolider
les acquis fondamentaux de la SNPC conformément à ses
objectifs statutaires. Ce qui veut dire que nous allons recentrer
les activités de la SNPC sur les métiers di secteur
pétrolier. Cette action nécessitera logiquement une
réorganisation du Groupe, que ce soit au sein de la maison-mère
qu’au sein des filiales. En fait, l’objectif est de faire
entrer la Société Nationale des Pétroles du Congo
dans le rang des sociétés productrices de pétrole
dans un avenir proche.
‘’L’échec
de la SNPC dans la gestion de 70 % du budget national serait extrêmement
dommageable pour le Congo’’
Pour ce faire,
notre grand challenge est de devenir très vite opérateur
en développant le secteur de l’amont pétrolier
congolais à travers la SONAREP, notre filiale chargée
de l’exploration-production. Cette organisation nous permettra
d’optimiser l’exécution de nos trois missions prioritaires
: la gestion des intérêts de l’Etat congolais,
la gestion des participations de la SNPC, et l’augmentation
de la valeur ajoutée dans le secteur des hydrocarbures.
Le prix
du pétrole n’en finit pas de monter. Quelles sont les
retombées pour l’économie congolaise ?
La réponse
à cette question est du domaine régalien de l’Etat
congolais. Et le 9 septembre 2005, le gouvernement de la République
a tenu un conseil des ministres sur la hausse du prix du baril de
pétrole. Cette réunion a examiné et adopté
l’avant projet de loi réajustant le budget de l’Etat
exercice 2005.
Ceci étant,
l’action de la SNPC dans ce contexte de flambée des prix
du baril de pétrole, est de jouer pleinement son rôle
prépondérant qui consiste à commercialiser au
mieux la part du pétrole congolais sur le marché international.
Pour votre gouverne, cette charge génère des flux financiers
qui représentent 70 % du budget de l’Etat congolais.
En tant qu’entreprise, notre responsabilité est à
la fois énorme et noble. Et nous avons pleinement conscience
des défis qui sont les nôtres et du défi du développement
durable de notre pays. En d’autres termes, l’échec
de la SNPC dans la gestion de 70 % du budget national serait extrêmement
dommageable pour le Congo.
La SNPC
se lance à son tour dans la lutte contre la pauvreté.
Pouvez-vous nous parler de la Fondation SNPC ?
Cette Fondation,
créée le 22 mars 2002, a pour objectif de réaliser
des œuvres d’intérêt public dans les domaines
de la santé, de l’éducation, de la culture, de
la formation professionnelle et de la lutte contre la pauvreté.
La volonté de créer cette personne morale remonte aux
assises du Conseil d’administration de la SNPC du 12 décembre
2001, au cours desquelles une recommandation avait été
prise pour que la SNPC réponde de façon organisée
aux nombreuses demandes d’assistance des institutions publiques,
des associations à caractères socio médical,
socioculturel et des individus en situation de détresse extrême.
Le conseil d’administration
inaugural de la Fondation s’est tenu en mai 2004, avec à
l’ordre du jour la désignation du Secrétaire Général
et du Trésorier, la fixation des attributions et des missions
du Secrétaire Général parmi lesquelles l’élaboration
d’un budget annuel et la proposition d’un programme d’activités,
etc. en résumé, le rôle de la Fondation d’Entreprises
SNPC consiste à ‘’humaniser’’ les retombées
des flux financiers pétroliers au sein des populations, à
travers des actions sociales concrètes, notamment dans l’accompagnement
des projets dont la nécessité et l’ordre des besoins
seraient identifiés par les promoteurs eux-mêmes.
Le pétrole
est le poumon économique du Congo, pourtant ce dernier demeure
l’un des pays les plus pauvres au monde. Comment expliquez-vous
cette contradiction ?
Votre question
est pertinente. Les pouvoirs publics congolais accordent un intérêt
particulier à la question de la lutte contre la pauvreté.
Comme vous le savez, le deuxième engagement du programme du
Chef de l’Etat souligne l’impérieuse nécessité
de faire passer l’économie de sa situation de précarité
et d’instabilité à une situation de croissance
régulière, assise sur une base de productivité
diversifiée et modernisée.
Cette même volonté de lutte contre la pauvreté
se retrouve dans les négociations avec le Fonds Monétaire
International (FMI). Ce qui explique qu’en décembre 2004,
le Conseil d’administration du FMI ait approuvé la FRPC
(Facilité pour la réduction de la pauvreté et
pour la croissance) comme une étape importante menant à
l’éligibilité du Congo à l’initiative
PPTE dans des délais raisonnables.
Le chômage
demeure une grande préoccupation pour le Congo. Avez-vous un
plan de formation de jeunes diplômés ?
N’oubliez
pas que la question chômage relève de la responsabilité
du gouvernement. La SNPC ne saurait donc se substituer au gouvernement
de la République. Pour répondre à votre question,
nous mettons, au sein de l’entreprise, un accent particulier
sur la formation du personnel car le développement tout entier
de la compagnie en dépend.
‘’Nous
maîtrisons les outils pour remplir la mission la plus délicate
qui nous avait été confiée par l’Etat,
celle de commercialiser le brut congolais.’’
La SNPC
a aujourd’hui 7 ans, quel bilan dressez-vous ?
Nous avons principalement
réussi à construire une société. Notre
entreprise est devenue un groupe ayant une maison-mère et des
filiales. Notre groupe est une structure qui fonctionne en respectant
les règles de gestion moderne, en l’occurrence celles
de l’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation du Droit
des Affaires en Afrique).
Et même
au-delà, puisque la mondialisation des affaires parle aujourd’hui
des normes ISA, qui sont des normes comptables internationales auxquelles
nous adhérons. Nous arrêtons nos comptes régulièrement
et nous les faisons approuver par notre Conseil d’administration.
Nos comptes sont certifiés par des Commissaires aux comptes
publics et privés. Nous publions les informations pertinentes
de nos comptes sur Internet.
Par ailleurs,
nous maîtrisons les outils pour remplir la mission la plus délicate
qui nous avait été confiée par l’Etat,
celle de commercialiser le brut congolais. Nous vendons ces cargaisons
sur le marché international au même titre que les autres
sociétés pétrolières à l’international.
Aujourd’hui, nos résultats sont certifiés trimestriellement
par un cabinet international et qui démontre que la SNPC vend
dans des conditions parfaitement comparables, si ce n’est parfois
meilleures que celles des autres sociétés.
Nous sommes en
train de réussir l’entrée de la SNPC dans l’exploration-production
avec le démarrage de la SONAREP, notre filiale, qui devrait
bientôt opérer quelques puits pétroliers. En arrêtant
ses comptes, la SNPC gagne de l’argent, déclare des bénéfices,
verse des dividendes à l’Etat. Au-delà, nous pourrons
dire que nous sommes en train de construire une véritable compétence
pétrolière au Congo, avec à la clé des
créations d’emplois pour des jeunes qui trouvent des
débouchés dans les métiers du pétrole.
Pouvez-vous
nous donner les 5 grandes lignes de votre stratégie ?
Notre entretien
vous a sans aucun doute donné une idée précise
de ma stratégie. Pour résumer, l’action du Groupe
SNPC va s’articuler autour des axes suivants : Recentrage de
notre activité, consolidation de nos acquis, exploration /
production, commercialisation, et formation.
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